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Analyse du Rapport d’observation du RECODH

Analyse du Rapport d’observation du RECODH sur le « Respect des droits de l’homme sur les sites des grands projets au Cameroun : le cas de Lom Pangar, Mbalam, Nkamuna et Mobilong »

RESUME EXECUTIF

Dans le cadre de son Projet de renforcement de la contribution de la société civile à la consolidation de l’Etat de droit au Cameroun, le Réseau Camerounais des Organisations des Droits de l’Homme (RECODH), a rendu public en janvier 2014 un rapport intitulé « Respect des droits de l’homme sur les sites des grands projets au Cameroun : le cas de Lom Pangar, Mballam, Nkamuna et Mobilong ».
D’emblée, il faut reconnaître que l’initiative du RECODH est louable du point de vue de l’apport de la société civile dans l’amélioration des conditions de vie des populations, particulièrement celles qui sont affectées par les grands projets, à l’instar de Lom Pangar.
C’est donc avec une certaine familiarité et sans arrière-pensée que EDC s’est approprié le document du RECODH dans une démarche d’ouverture et d’évaluation.
A l’analyse, le rapport du RECODH ne résiste pas à la critique, tant du point de vue de la forme que du fond. Même s’il faut reconnaître la pertinence de certaines analyses qui contribuent à une meilleure efficacité de nos actions. En effet, si l’initiative de cibler le Projet Lom Pangar est en soi compréhensible au vu de sa dimension et de ses impacts potentiels, il reste que la démarche du RECODH est quelque peu faussée par des raccourcis méthodologiques, des non-dit et même un certain manque de rigueur qui ne cadre pas avec une initiative pourtant digne d’intérêt. Résultat : des conclusions légères, des caricatures grossières et même des réalités décalées, toutes choses qui nous font dire que le Projet Lom Pangar méritait meilleur regard ; mieux : un autre regard.
Fort de ce constant, EDC s’est autorisé une relecture du document, pour apporter sa propre version des faits et contribuer à une meilleure connaissance de la dynamique évolutive de ce projet que certaines OSC et autres observateurs, pour des raisons qui leur sont propres, ont souvent tendance à réduire à quelques instantanés.
La démarche de EDC a donc pour but de faire une analyse critique du Rapport du RECODH, tout au moins en ce qui concerne les parties consacrées au Projet Hydroélectrique de Lom Pangar. Les objectifs spécifiques sont :

  • Evaluer objectivement la pertinence des résultats du rapport d’évaluation du RECODH ;
  • Montrer les limites du document à la lumière des observations relevées ;
  • Apporter un éclairage sur certaines préoccupations soulevées par le RECODH ;
  • Faire une analyse détaillée du rapport au regard de l’état d’avancement actuel du projet.

L’évaluation effectuée par EDC porte sur la méthodologie de l’étude et les résultats des investigations du RECODH ainsi que leur niveau d’objectivité et de pertinence, au vu des performances réelles du PHLP en matière de respect des droits de l’homme.
EDC a choisi l’approche comparative pour mener son travail d’évaluation. Il consiste en un examen comparé, d’une part, des déclarations formulées par le RECODH et, d’autre part, de la réalité objective du projet. Nous en déduisons ensuite l’écart sous forme d’observations, de complément d’information ou de rectificatif aux fins de la manifestation de la vérité. Le travail d’analyse respecte donc la structuration du document du RECODH dont il reprend la formulation initiale tout en questionnant aussi bien la forme que le fond.

II.1. Sur la forme 

  De par son intitulé, le rapport porte sur le « Respect des droits de l’homme sur les sites des grands projets : cas de Lom Pangar, Mbalam, Mobilong et Nkamuna ».
Trois sites de grands projets sont clairement identifiés comme objets d’étude. Mais à la lecture, on se rend compte que les observations ne portent essentiellement que sur Lom Pangar, en ne consacrant que quelques bouts de phrases et observations laconiques aux autres projets. Les auteurs du rapport justifient ce manquement par le fait que : « Les activités étant au ralenti à Nkamuna (extraction de Cobalt par Geovic), à Mballam (exploitation de fer par Camiron), et à Mobilong (exploitation du diamant par C&K Mining) où le projet est encore dans la phase d’exploration, nos enquêteurs qui ont séjourné sur ces sites, ont porté un focus sur le Projet Hydroélectrique de Lom Pangar (PHLP) ».
Questions : le ralentissement des travaux est-il suspensif de toute observation en matière de droit de l’homme ou signifie-t-il l’absence de vie, d’ouvriers, de détails et de données sur les sites de ces différents projets ? N’y a-t-il pas eu d’indemnisation, de relocalisation ou de recrutement d’ouvriers dans ces projets ?
La démarche du RECODH biaise ainsi la compréhension du titre et trahit un manque d’honnêteté de la part des auteurs qui auraient bien pu se limiter objectivement à l’étude de Lom Pangar. A moins que Mbalam, Mobilong et Nkamuna ne soient finalement que des alibis pour justifier leur intérêt disproportionné pour le Projet Hydroélectrique de Lom Pangar ! Toujours est-il qu’on nous a annoncé une étude sur quatre (04) grands projets, mais le résultat se résume à la fin à un focus mal dimensionné sur un (01) seul grand projet (Lom Pangar) alors même que ce dernier ne présente aucune similitude avec les autres. Pas plus que les conclusions ne sont transposables d’un site à un autre.
On remarque aussi que l’étude du RECODH a un air de familiarité avec une étude produite en 2013 par le CAVT. Un rapport dit « alternatif » sur le PIR dont nous avons eu par le passé à démontrer les limites, mais que le RECODH a repris à son compte par pans entiers, parfois sans en citer la source et en assumant sans le dire toute son inconsistance. Dans le même sillage également, le RECODH fait preuve de malhonnêteté intellectuelle en s’attribuant grossièrement les propos des populations interrogées jadis par le CAVT, tout en donnant l’illusion de les avoir collectées soi-même auprès desdites populations. Difficile de croire que le RECODH s’est véritablement rendu sur les sites de projets comme ses auteurs le prétendent…
Notons enfin sur les aspects de forme que le RECODH a une méconnaissance absolue de certaines institutions et de leurs rôles dans le secteur de l’énergie et des affaires foncières. Aussi confondent-ils allègrement les missions de EDC, de l’AER, de la CCE, etc. Pire : dans ce rapport, EDC, pour le RECODH, signifie tout simplement… « Electricité du Cameroun ».

II.2. Sur le fond

Le Rapport du RECODH est une somme de 100 pages (y compris les annexes). La moitié du document est consacrée à des généralités sur le Cameroun et sur le Projet Hydroélectrique de Lom Pangar, avec de larges extraits, sans référence, du document du PGES, l’un des outils de base du PHLP.
Sur la partie consacrée à l’étude en elle-même (pages 50 à 87), plus de 90% de l’argumentaire est basé sur le PHLP et près de la moitié de l’étude proprement dite est un copier-coller du rapport du CAVT mentionné plus haut. Le problème, c’est que le RECODH reprend mot à mot les allégations et contre-vérités du CAVT sur le processus d’indemnisation du Projet Lom Pangar qui ont pourtant fait l’objet d’une déconstruction par EDC, dévoyant ainsi l’objet de son propre rapport.
Au demeurant, il est difficile de déterminer clairement quel a été l’apport du RECODH dans cette « nouvelle » étude, si tant est que l’ONG ne s’est point rendue sur les autres sites pourtant ciblés ; et l’enquête sur Lom Pangar s’est réduite à l’exploitation - du reste très parcellaire - des rapports intermédiaires et quelques données collectées à partir des sources périphériques.
Par ailleurs, le RECODH a tendance à se complaire dans l’hyperbole irraisonnable, persistant dans une démarche à charge contre le Projet Lom Pangar et ses responsables avec notamment des déclarations à l’emporte-pièce, des accusations sans preuve, des postures inquisitoriales et des conclusions sentencieuses qui sèment le doute sur les valeurs de droit et de justice dont il se revendique.
Pourtant, le sujet sur lequel le RECODH a décidé de consacrer son « rapport annuel » est un sujet de grande importance et n’aurait jamais dû être abordé avec une telle légèreté. Mieux traité, il constituerait même un baromètre sérieux pour apprécier la dynamique évolutive du respect des droits de l’homme au Cameroun en général et sur le site des grands projets en particulier.
Malheureusement, la contribution du RECODH sur cette épineuse question est inexacte, diffuse, indiscernable et truffée d’erreurs. Pour un rapport annuel, il manque de consistance et la thématique en elle-même s’en trouve galvaudée. Car le choix de se focaliser uniquement sur Lom Pangar et étendre des prétendues conclusions constitue non seulement un raccourci méthodologique, mais ne permet pas de mesurer les acquis, de même que les contraintes réelles en matière de droits de l’homme au Cameroun. C’est pour cette raison que EDC a tenu à restituer la vérité au miroir de certaines allusions et allégations faites par le REDCODH sur « l’état des droits de l’homme » autour du Projet Hydroélectrique de Lom Pangar. On ne saurait en effet laisser prospérer des attaques non fondées et des procès d’intention, simplement au nom de la défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression.
Mais quoi qu’inachevé et partial, ce travail du RECODH a le mérite d’exister. Il se situe dans la même lignée que de nombreux autres travaux similaires réalisés ces derniers temps par quelques OSC qui ont décidé de placer Lom Pangar au cœur de leurs préoccupations. Mais en s’appuyant à près de 50% sur un précédent rapport du CAVT (lui-même truffé d’erreurs et de contre-vérités), le RECODH ne permet pas de dresser le tableau réel de la situation des droits de l’homme dans le projet Lom Pangar et risque de ce fait d’induire en erreur bien des destinataires de ce rapport. Il est dès lors difficile de croire que l’intention du RECODH était de faire un travail sérieux, documenté et crédible sur les droits de l’homme à travers les sites des grands projets au Cameroun tel qu’annoncé dans le titre du rapport. Tout au plus a-t-il pu trouver un alibi pour sonner, avec états d’âme, la charge contre Lom Pangar et/ou ses responsables, on ne sait pour quel intérêt.
Au vu de tout ce qui précède, EDC tient à attirer l’attention de la communauté internationale et des potentiels destinataires que le rapport du RECODH dont il est question dans ce document ne saurait en rien être représentatif de la situation des droits de l’homme dans les grands projets au Cameroun en 2013, pas plus qu’il n’édifie sur l’état des droits de l’homme en général. Dont acte !

Le Rapport complet est disponible chez EDC et peut être transmis par voie électronique à la demande. Contactez nous à : info@edc-cameroon.org

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